Reportage – Interview Stephane Faucourt & Antoine Bardet – La French Touch

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A l’occasion de la sortie du livre « La saga Star Wars vue de France » aux éditions Huginn&Muninn, Mintinbox a eu le privilège de rencontrer deux des auteurs, Antoine Bardet et Stéphane Faucourt. Voici l’interview réalisée après la soirée de dédicase à la Galerie Sakura le 03 Novembre 2015.

MIB: Comment vous est venue l’idée de ce livre?

AB : C’est un sujet qui tenait à cœur plusieurs fans et même parmi les plus grand collectionneurs semble-t-il. Stéphane est le seul à avoir déjà écrit clairement sur le sujet avec à son actif déjà 2 ouvrages. Jérôme Wybon et moi étions mobilisés plus ponctuellement sur de petits articles sur les adaptations françaises ou les petites anecdotes liées à la France et Star Wars. Lui avait creusé le thème des films de space opéra déjà au travers d’un superbe livre chez Huginn (les guerres des étoiles) et nous lui devons de nous avoir recommandé à l’éditeur car cela a coïncidé avec le projet de Huginn et de Lucasfilm de faire un focus sur la richesse et la diversité des produits français liés à Star Wars. Après un long « brainstorming », le titre a été trouvé par Rodolphe Lachat, notre éditeur.

SF: Pour ma part, je caressais depuis longtemps l’opportunité d’être publié officiellement, mais l’approche Collectionneur, Spécialiste, ou fan « hardcore » de mes précédents livres n’était pas totalement adaptée à un ouvrage Grand Public. Nous étions en contact réguliers avec Huginn depuis La French Touch, et tout s’est accéléré lorsque nous avons été retenus et conviés chez Huginn début 2015.

MIB: Combien de temps cela vous a-t-il pris?

AB: Nous avons eu une rencontre « fondatrice » avec Rodolphe et Amélie, chargée de suivre tout le projet, en février 2015. Nous devions rendre tous nos textes avant l’été ce qui nous laissait moins de 6 mois pour rédiger… Mais nous avions déjà tous de nombreuses notes écrites et des tonnes d’idées en tête sur les thèmes du livre par devers nous.

MIB Quelles ont été vos principales sources, sans trop nous dévoiler vos indics?

AB : Elles sont essentiellement de trois ordres : nos archives et documentations personnelles, des recherches en Bibliothèque spécialisées comme celles des musées du jouet, la cinémathèque ou encore la BNF et puis… Notre carnet d’adresse avec de nombreux témoins d’époque !

SF: Le travail sur ce livre s’est avéré passionnant à plusieurs points de vue. Nous avons du vulgariser des sujets sur lesquels nous avions déjà largement écrit à destination des collectionneurs, mais nous avons aussi du explorer davantage certaines thématiques. Par exemple, j’avais déjà présenté les primes alimentaires et les jouets vintage, mais je n’avais jamais poussé l’exercice jusqu’à nos jours. Les témoins ont effectivement été des acteurs clés pour alimenter nos recherches; grâce à ce livre, nous avons déniché de nouveaux témoignages essentiels à la compréhension du phénomène Français.

MIB: Avez-vous une ou deux anecdotes à nous faire partager?

AB : Pour ma part, la plus belle anecdote est ma rencontre avec Radi Maletin, ex-dirigeant de la Fox lors des premiers films. J’ai trouvé ses coordonnées totalement par hasard et suis parti à sa recherche, comme un reporter « à l’ancienne ». Après plusieurs entretiens téléphoniques je suis parti le voir physiquement… à Saint-Raphaël dans le Var un jour de juin. Aller-retour dans la journée en posant un jour de congé au boulot. Ce fut une rencontre extra, au bord de la mer, remplie d’anecdotes et de souvenirs sur des tonnes de films, pas seulement les Star Wars ! Radi se souvenait des campagnes promotionnelles d’Alien ou du Carmen de Losey. On n’a hélas pas pu tout mettre dans le livre mais je peux te dire que l’émotion fut grande quand il me confia le fameux T-Shirt dédicacé à Bordeaux en septembre 1977 par Ford, Fisher, M et Mme Kurtz… Un très grand moment comme il y en a peu dans la vie d’un fan !

SF: Pour moi, il s’agit du chapitre fandom : reconstruire le puzzle des 25 ans de « fan mania » française, rencontrer les précurseurs de l’époque, comme ceux qui composent la scène aujourd’hui. Même si je suis dans ce « hobby » depuis 20 ans, j’ai été extrêmement surpris par la richesse de la scène française et de son évolution au fil des ans. J’espère que la lecture de ce chapitre vous permettra de partager, voire revivre, cet aspect passionnant du hobby, qui motive de nombreux fans et collectionneurs, bien au delà de la simple collection. Toujours dans le registre anecdotes, je pense que vous pouvez imaginer quelle fut notre exaltation lors de cette réunion chez Huginn, lorsque nous avons appris que le livre porterait les noms et logo originaux français de la « Guerre des Etoiles », totalement disparus de la circulation depuis le renouveau de la saga en 1995.

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MIB: Avec une franchise telle que Star Wars, a-t-il été facile de trouver un éditeur?

AB : Oui, car Huginn&Muninn fait justement partie des éditeurs français à disposer de la licence Star Wars : on s’épargnait ainsi une difficulté d’entrée de jeu (ce qui n’évitait pas pour autant la course de saut d’obstacles ultérieurs !)

MIB: La Guerre des Etoiles – La Saga Star Wars vue de France est clairement le livre événement de cette fin d’année et le cadeau numéro 1 que les fans peuvent espérer à Noël, mais peux-tu nous détailler la genèse de cet ouvrage qui fera date, le choix de l’éditeur quant aux auteurs et son contenu ?

AB : Comme dit plus haut : Lucasfilm, et plus précisément le responsable des publications, Jonathan Rinzler dont nous reparlerons, avait en tête la sortie d’un livre décrivant l’impact du film hors des frontières des Etats-Unis. Cela aurait pu être le Japon, l’Allemagne ou l’Italie (pays assez fournis en merchandising spécifiques). Mais le hasard fait que Rinzler comprend le français et donc le choix a pu se faire en notre faveur !

SF: C’est effectivement le bon timing pour la sortie d’un tel ouvrage. Nous ne sommes pas les mieux placés pour juger notre travail, mais notre bibliothèque de livres Star Wars est plutôt bien remplie, et notre leitmotiv était de faire un livre au contenu inédit. C’était d’ailleurs le souhait de tous : proposer pour la première fois un livre qui adresse directement le pays dans lequel il est édité, plutôt que l’habituelle adaptation d’une publication américaine.

MIB: Ce livre est une production Francophone et est en ce sens une exception dans la production littéraire de Star Wars, est-il prévu une adaptation en langue anglaise?

AB : Cela a été évoqué lors de nos premières réunions mais nous n’en savons rien pour le moment. J’allais dire que cela dépend déjà du succès ou non dans le monde francophone… Vite, courrons tous l’acheter !

MIB: Le livre revient sur le phénomène qu’a provoqué la Guerre des Etoiles en France depuis 1977, comment s’articule le livre autour de ses chapitres ?

AB : L’idée était de partir de l’histoire du film et de dérouler toutes les conséquences de son succès en France. En somme, notre livre commence un peu là où s’arrête les Making Of de Rinzler : ok le film cartonne aux Etats-Unis, que se passe-t-il ensuite ? On analyse donc la réaction de l’intérieur, au sein de la Fox France, durant le laps de temps nécessaire pour adapter le film au marché français et finalement tout le sommaire nous vient : de la Guerre des Etoiles à Star Wars tel qu’on le vit aujourd’hui. Entretemps, toutes les étapes chronologiques ou thématiques liées à la France sont ainsi abordées

SF: En résumé, le livre revisite la saga de la Guerre des Etoiles, en France, de 1977 à 2015. Cela passe par le teasing et l’adaptation des films, la réception dans la presse, les affiches françaises, les produits dérivés et jouets, les artistes, ainsi qu’un chapitre sur la fandom française. Il est organisé en trois parties : la naissance du phénomène (la période originale avec les Episodes 4 à 6), la construction d’une mythologie (la prélogie, les ewoks, les comics, romans, artistes…), et la Génération Guerre des Etoiles (la GDE à la TV, la musique, les produis dérivés, la GDE chez soi, et la fandom).

MIB: La chronologie de 1977 à 1983 est littéralement passionnante car elle remet dans le contexte ce que certains ont vécu enfants lors de la sortie des films sans pour autant en connaître la trame événementielle, comment avez-vous pu construire celle-ci?

AB : Merci ! Notre envie était de faire découvrir justement « l’envers du décor », aussi bien au grand public qu’aux fans « hardcore » de la première heure qui connaissent absolument tout sur le film à qui l’on comptait bien révéler quelques « scoops ». Les anciens de la Fox et des sociétés de doublage nous ont été d’une grande aide et nous les en remercions. Parallèlement, il fallait analyser certaines infos assez aisément disponibles mais méconnues : elles figuraient dans les documents de l’INA, à travers certaines émissions oubliées notamment ; ou encore dans le Film Français, revue destinée aux professionnels

MIB: Nous avions présenté et détaillé il y a quelques années de cela, le documentaire inédit de Michel Parbot datant du tournage de l’Empire contre-attaque. Nous avions eu une version pour le moins abimée de ce documentaire que nous avions dû faire restaurer pour le montrer à Celebration Europe 2, mais nous savons qu’il existe des bobines de ce documentaire en archives qui mériterait d’être montré à tous les fans, qu’en est-il de ces bobines?

AB : Nous avons pu consulter uniquement certaines parties de ce documentaire, celles qui furent diffusées dans Temps X avec l’apport d’Alain Carrazé. Nous savons qu’il existe des copies privées de ce film et que Lucasfilm en possède selon toute vraisemblance une version mais rien n’égale à ce jour le formidable travail entrepris par Pierre d’Ovidio de MintinBox sur ce documentaire français, rare et inestimable.

MIB: La partie consacrée au doublage rend un hommage indispensable aux voix qui se sont gravés dans nos souvenirs, comment avez-vous pu obtenir tous ces détails concernant cette période?

AB : Ce formidable travail est l’œuvre d’Adam Marchand, que nous sommes allés trouver spécialement pour l’occasion. Adam a entièrement retravaillé un article que Patrice Girod, grand spécialiste de Star Wars, lui avait commandé pour un numéro du Lucasfilm Magazine et qui fait encore autorité sur la question du doublage, y compris sur wikipédia. Adam a eu accès à des témoignages de spécialistes et des tonnes d’archives inédites permettant de revenir en détail sur toute la technique de l’époque (qui a bien évolué depuis…)

MIB: Le livre rassemble une quantité impressionnante de photos mais j’imagine que la sélection a dû être drastique, comment se sont fait les choix au fil des chapitres?

AB : Comme pour tout œuvre éditoriale je pense, la méthode ressemble à un filtre à café ou un entonnoir : nous apportons au départ la matière nécessaire à au moins deux ouvrages… Et puis le tri s’opère, plus ou moins naturellement. L’éditeur voulait garder une approche grand public donc certains documents ne parlant qu’à très peu de fans, « technos » ou carrément inesthétiques : exit ainsi quelques notes de travail, articles techniques, documents altérés ou inexploitables. C’est dommage mais c’est comme ça. Un deuxième crève-cœur arrive ensuite avec certaines illustrations où l’on a des incertitudes quant aux droits de reproduction : atteinte au droit à l’image, à la vie privée, aux droits d’auteur… Le service juridique de Huginn a été formidable car il a mené d’intenses négociations parfois pour obtenir le résultat que vous avez sous les yeux. Cette partie est hélas souvent une course contre la montre et il faut parfois, la mort dans l’âme, renoncer à des images à la dernière minute faute d’avoir obtenu une réponse… Nous avons des anecdotes à ce sujet. Il arrive paradoxalement à l’inverse que certains propriétaires d’images regrettent de ne pas nous avoir répondu dans les temps… Qu’à cela ne tienne : il faudra qu’on fasse un volume 2 !

MIB: Dans la section Réception on apprend rétrospectivement l’accueil rendu pour les 3 films de l’OT, quel est ton avis sur ce sujet?

AB : Jérôme s’est éclaté avec cette partie ! Il l’a volontairement fait assez courte car l’exercice de la revue de presse du passé a déjà été faite dans d’autres publications et c’est facile avec le recul de donner des leçons ! Certes, c’est très amusant de relire ces écrits avec l’œil de 2015 mais il faut se remettre dans le contexte de l’époque : peu de SF en dehors de 2001 (presque tous les écrits y font référence), la mode des critiques est alors de chercher des discours politiques dans le moindre film américain, d’où ces articles argumentés sur une saga perçue comme « fasciste » ou « communiste » selon les cas…

MIB: Le chapitre 2 du livre revient sur la construction d’une mythologie (avec cette magnifique illustration de Benjamin Carré) qui nous emmène des Ewoks à la Prélogie. Quel a été l’impact de cette période selon toi du point de vue cinématographique et des produits dérivés?

AB : C’est à la fois une période de « creux de la vague » et une lente et progressive « appropriation » d’un univers de space opera dans le patrimoine français. La flamme ne s’éteint jamais tout à fait pour beaucoup même si l’on n’est pas encore sur de l’entertainment « mainstream ». C’est à ce titre que nous revenons d’ailleurs sur le succès d’édition oublié du jeu de rôle, à la fin des années 1980. La saga entre en fait dans les foyers via le petit écran mais aussi via une certaine culture populaire et des « à côtés » comme les Ewoks, fortement popularisés en France par… Dorothée. La fandom est aussi là en substance car on sent que chacun peut s’emparer de cet univers visuel assez librement, comme les auteurs de BD ou d’autres artistes…

SF: cette période de « creux de la vague » s’est avérée plus importante que l’on ne pourrait le penser pour maintenir l’engouement sur la Saga. Ces quelques années d’absence de produits dérivés ont été comblées par le développement de la Vidéo à domicile; d’abord avec les cassettes vidéo locatives, puis les premières diffusions TV, et enfin l’avènement du LaserDisc et des Home-Cinema. Combien d’entre nous ont passé des soirées à visionner leurs cassettes, puis à casser leur tirelire pour acquérir les fameux Laserdisc et autres coffrets collectors… Sans cette période, qui sait, nombre de fans seraient peut-être définitivement passés à autre chose ?

MIB: La France a été gâté du point de vue BD grâce aux Editions Delcourt pendant de nombreuses années et maintenant grâce à Panini Comics mais aussi à travers les romans (je pense à Fleuve Noir), comment accueillir le fait que certaines de ces histoires ne font plus partie du canon officiel défini par Disney après le rachat de LucasFilm?

AB : Je vais peut-être faire rire tes lecteurs mais pour moi ce phénomène c’est un peu comme les pattes d’éph’, les astronautes sur la lune ou l’aérotrain : des effets de mode dont on décide un jour qu’ils ne font plus partie de nous et dont on aurait un peu honte… Alors on les occulte de la mémoire collective pour passer à autre chose… Mais ils sont en fait bien présents dans notre mémoire résiduelle et un jour on les « redécouvre ». on écarte les « légendes » au profit d’un « canon officiel » pour avancer mais personne n’oubliera pour autant Jaxxon, Thrawn ou même… Jar-jar !

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MIB: Le livre fait la part belle aux Frenchies comme Benjamin Carré et Cédrix Delsaux, qu’est ce qui a stimulé leur présence dans le livre?

AB: Ce sont deux artistes français dont l’immense talent est reconnu par Lucasfilm. On ne pouvait pas les ignorer et il nous semblait important de faire connaître leur travail au grand public hexagonal car on peut avoir le sentiment qu’ils sont parfois plus connus outre-atlantique qu’ici-même ! un comble ! Mais ils ne sont pas les seuls artistes repérés par Lucasfilm : à tout seigneur tout honneur, nous avons souhaité placer notre modeste travail sous le haut-parrainage de Philippe Druillet, artiste multiple qui, 30 avant Delsaux, a vu un de ses livres être préfacé par George Lucas en personne ! Son œuvre et Star Wars sont intimement liées et je suis très fier qu’il ait accepté de préfacer en retour un ouvrage comme le nôtre.

SF: sans oublier ceux qui ont fait, et font la scène française, quel que soit leur niveau d’implication – nous avons tenu à rendre hommage à toutes ces personnes et associations qui sont tout aussi inovantes et dynamiques que leurs homologues d’autres pays.

MIB: le Chapitre 3 revient sur les produits dérivés (allant des supports de films, musique aux jouets) et le fandom. C’est bien entendu une initiative excellente car elle spécifie littéralement l’espace francophone, avez-vous eu carte blanche pour ce chapitre?

AB : Oui, carte blanche totale si ce n’est les petites questions de droit évoquées plus haut.

MIB: J’ai tout de même l’impression qu’on aurait pu en montrer plus ou en dire plus, cette partie ne mériterait-elle pas un livre à part entière?

AB : Il faut faire des choix et c’est déjà une partie très conséquente ! On en revient bien sûr à la volonté initiale de l’éditeur de faire un panorama assez complet et dynamique s’adressant à un large public ; Et puis il faut aussi que le livre reste à un prix abordable. Alors plus de pages aurait forcément été au détriment d’autres aspects tout aussi importants. Maintenant il faut savoir qu’il y a de multiples livres sur Star Wars qui sortent à quelques semaines de l’épisode VII, dont celui de nos confrères de France Info ou celui de Stéphane, qui creusent en profondeur certaines parties du livre.

MIB: La partie convention que l’on connait bien est bien couverte avec notamment la référence à la convention des Héritiers de la Force à Cusset, penses-tu que des conventions comme à la période de la Prélogie vont refaire leur apparition avec des acteurs Star Wars en nombre ?

SF: c’est une question plutôt délicate, toujours en mouvement est l’avenir 😉 comme je le disais, la lecture de ce chapitre permet de voir la richesse de la fandom française, y compris sur le plan des conventions. Il n’y a donc aucune raison que cela s’arrête, et espérons que d’autres manifestations de qualité voient le jour. Nous concluons ce chapitre par un souhait que nous partageons tous : la tenue d’une « Star Wars Celebration » officielle en France ; après tout, la France est quasiment au centre de l’Europe, et les étrangers rêvent tous de visiter Paris.

MIB: Tu fais référence à Mintinbox.net notamment et nous t’en remercions vivement, comment avons-nous pu prendre place dans un tel livre-référence?

AB : C’est naturel : MIB fait partie de l’histoire de Star Wars en France !

Mintinbox remercie les auteurs pour la place qui nous est consacrée dans cet ouvrage qui fera date et a une pensée toute particulière pour notre ami Sylvain Salerno, cité dans les crédits photographiques, parti bien trop tôt rejoindre les Étoiles …

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